Approcher le livre comme acteur réseau

Entretien avec Michel Nachez, chargé de recherche aux Editions de l'Ill

L’idée est d’approcher le livre, non comme une chose inerte qui passe de mains en mains, mais comme un acteur : un acteur non-humain qui entretient des relations avec d’autres acteurs, humains et non-humains, au sein d’un réseau. Cette perspective est inspirée de la sociologie de l’acteur-réseau, à partir notamment des travaux de Bruno Latour et Michel Callon. Bien sûr, le livre n’est pas une entité dotée d’intention, comme peut l’être un humain. On devrait d’ailleurs plutôt parler d’actant que d’acteur. Mais l’actant ou l’acteur non-humain (qui peut être un objet, un animal, une organisation ou une entité métaphysique) se définit par une capacité propre à agir, à avoir un poids dans le déroulement de l’action.

Là-bas sont les dragons

Patrick Schmoll

1410. La bataille de Tannenberg, aux confins du Saint-Empire, amorce le déclin des chevaliers teutoniques. Les lignes se déplacent. Les barbares de jadis sont devenus chrétiens, et ne donnent plus aux conquêtes l’excuse de la croisade. Autant dire que l’ennemi est un voisin, un presque semblable. Où sont ces créatures fabuleuses que les cartes du monde, rassurantes, désignaient comme monstrueuses mais lointaines : Hic sunt Dracones, « ici sont les dragons » ? Pour Tilmann, jeune palefrenier en la commanderie de Cologne, cet « ici » est un « là-bas » qui l’appelle. Mais à l’aube de temps nouveaux, la terre est devenue ronde et sans bords. Le lieu le plus lointain que je puisse atteindre demain, n’est-il pas celui où je me trouve aujourd’hui ? Y a-t-il d’autres confins à explorer, d’autres dragons à rencontrer, que ceux que je découvre en moi-même ?